Chère Diane,
L'attrait pour la maternité et l'attrait pour être religieuse se situent à des niveaux complètement différents de notre vie. La maternité physique et la maternité spirituelle sont similaires si on s'en tient au plan analogique, et vous pouvez expliquer l'une pour faire comprendre l'autre et vice versa. Mais elles ne sont pas sur le même niveau et pas directement comparables. De là pourrait venir en partie, la raison de votre confusion. L'attraction que vous ressentez envers la parenté physique n'est pas que physique ; mais elle participe de tout ce que nous sommes, ce dont nous sommes faits (émotions, psychologie, esprit ; tout en nous, de ce qui va de l'instinct aveugle jusqu'au don de soi et à la capacité de sacrifice) Cependant, elle reste encore centrée sur la réalité physique des enfants et du couple. Quand un mariage chrétien est vécu comme un appel de Dieu, et quand il est vécu selon Dieu, il conduit le couple à la satisfaction et à la joie que Dieu désirait pour le mari et la femme.
Notre vocation, à nous, n'est pas un refus, pas plus qu'un démenti de ce qui précède. Une vocation ne signifie en rien que ce qui vient d'être dit est mauvais, ou mal. Au contraire. Elle n'indique pas non plus que nous ne sommes pas attirés naturellement vers cela. Cela veut encore moins dire que nos attirances se seraient évaporées par un coups de baguette magique aussitôt qu'on a recu l'appel.
Ma réponse est alors une question : Dieu pourrait-il m'appeler à me donner totalement à Lui, en dépit des attirances qu'Il a lui-même suscitées en moi en me créant ? La réponse est toujours : OUI. Dieu nous a créés pour notre vocation. Si nous sommes appelés, Il a mis en nous les désirs qui ne pourront être satisfaits que par ce type d'amour que notre vocation implique et /ou suppose. C'est vrai de dire que notre vocation à nous est spirituelle, qu'elle engage et met en jeu un amour spirituel et une consécration qui ne paraissent pas apporter toute la satisfaction émotionnelle de l'amour humain. Mais c'est en rester aux apparences extérieures. Intérieurement, c'est une vie de joie. C'est la joie de l'énorme satisfaction que vous découvrez dans le fond de votre conscience quand vous êtes à même d'aller devant Dieu sans barrière entre Lui et vous ; quand vous savez qu'Il vous a demandé beaucoup et que vous faites tout ce que vous pouvez pour lui être fidèle ; quand vous avez abandonné tout ce que vous aviez de plus cher par amour pour Lui. Vous bénéficiez aussi du lien qui vous unit avec ceux qui participent au même appel ; la constante expérience quotidienne de la « fécondité » de votre sacrifice ; le sentiment que les années qui passent et le temps qui s'écoule sont bien dépensés. Et puis, enfin, d'un point de vue très pratique, vous expérimentez tous les jours la joie de servir votre prochain. Cela est vrai pour tous: la religieuse enseignante, celle qui assiste les malades, les mourants, qui conseille et encourage, calme, renforce et maintient les liens familiaux.
Il nous reste la question finale : Est-ce qu'Il m'appelle ? Je pense que vous devriez Lui ouvrir votre âme en toute confiance et Lui dire cette prière : « Je suis un peu embrouillée, Seigneur, je ne peux voir que ce qui est devant moi et ce que je sens. Mais j'ai confiance en vous ; je m'abandonne entre vos mains. Je sais que le bonheur que vous avez prévu pour moi dans ma vocation, quelle qu'elle soit, est plus grand que ce que le monde peut m'offrir. Si la voie pour vous suivre est étroite, je désire la suivre. Emmenez-moi avec vous. » |