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Les signes de la vocation (deuxième partie)
P. Antoine Coelho, LC

 

Les signes de la vocation

Deuxième partie

 

Les signes de la vocation n'ont de sens que si l'on accepte que Dieu a une mission pour tout homme et qu'il est proche de chacun d'entre nous au point de vouloir nous faire comprendre au travers de certains moyens sa volonté. Or, ceci découle du fait qu'il nous a créés par amour.

Créée par amour, notre existence ne relève pas du hasard ; dès le premier instant de sa conception elle est insérée dans un plan d'amour. Du fait qu'elle a du prix et qu'elle est unique et irremplaçable aux yeux de Dieu, il a inscrit en elle une finalité elle aussi unique et irremplaçable. « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi », assure le Christ aux apôtres, « mais moi, je vous ai choisis, et je vous ai établis, afin que vous alliez, et que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure, afin que ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne » (Jn 15, 16).

Néanmoins, le Seigneur pose une condition pour que ce fruit demeure : « comme le sarment ne peut de lui-même porter du fruit, s'il ne demeure attaché au cep, ainsi vous ne le pouvez non plus, si vous ne demeurez en moi. Je suis le cep, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruit, car sans moi vous ne pouvez rien faire » (Jn 15, 4.5). Or, demeurer en Jésus c'est demeurer dans la volonté du Père. Voilà pourquoi, toujours dans le plus grand respect de notre liberté, Dieu doit nous faire connaître cette volonté.

L'enjeu c'est dêtre à l'écoute, c'est dêtre attentif aux signes de la volonté de Dieu, en ne cherchant pas à les interpréter selon nos propres attentes. Au contraire, une attitude intérieure d'ouverture doit nous animer, fondée sur la certitude que ce que l'amour de Dieu désire pour moi est toujours plus grand et plus beau que mes propres rêves entachés non rarement de vanité et d'une pointe d'égoïsme.

Il est également important d'être conscient que dans la grande majorité des cas le plan de Dieu pour nous ne se révèle que petit à petit et non sans la médiation d'autres personnes qui nous éclairent. Nous sommes tous un peu comme Saint Paul, lequel, étant aveugle, doit se rendre à Damas pour qu'Ananias lui rende la vue. On sent bien ici une pédagogie divine qui cherche à nous purifier, à nous rendre patients et humbles, et qui en même temps ne veut pas nous forcer, mais nous conduit avec douceur à ne pas faire plus de pas que l'on peut à chaque fois.

De plus, si le plan de Dieu et sa façon de nous le faire savoir nous paraissent parfois trop mystérieux, il s'agit là, en fait, d'une protection à notre liberté. Trop de clarté nous forcerait. Une certaine obscurité rend le «oui» beaucoup plus méritoire, garantit que si nous acquiesçons c'est bien par amour et non par simple devoir. Cette obscurité ouvre un espace où peut se déployer notre générosité.

Ne perdons donc pas la paix si, en les considérant à partir de notre perspective limitée, les chemins de Dieu n'ont pas la lumière du plein jour. Ce n'est pas parce que nous ne voyons pas que Dieu ne nous conduit pas au bon port. Prenons en compte aussi que le manque de paix et de sérénité créent un climat intérieur beaucoup plus propice au fourvoiement.

Plus concrètement, en ce qui concerne les signes de la vocation, ceux-ci peuvent se manifester de façons très variées. En essayant de les classifier, on pourrait dire que certains se dirigent principalement à volonté, d'autres à lintelligence et finalement d'autres relèvent plutôt du sentiment. Certainement, je simplifie un peu les choses puisque certains signes peuvent impliquer à la fois l'intelligence, la volonté et les sentiments.

Les signes dirigés à la volonté prennent la forme de désirs, d'envies ou alors, s'ils sont plutôt négatifs, ils se manifestent sous la forme d'un certain dégoût, d'une absence de d'appétit. Par exemple, certains éprouveront un grand désir de prier, de participer à des célébrations liturgiques, de porter secours au plus démunis, à ceux qui manquent de foi ou de ferveur, au point d'être ouverts à l'éventualité de consacrer toute leur vie à cette tâche. Certains encore se sentiront attirés inexplicablement à tout ce qui a trait à la prêtrise ou à la vie religieuse. L'exemple des martyrs et des saints prêtres et religieux produira chez d'autres une envie de les imiter dans leur radicalité. Tel fut le cas de S. Augustin quand on lui raconta la vie de Saint Antoine du désert.

D'autres, par contre, perdront totalement ou, dans une certaine mesure, l'appétit pour les choses du monde. Quelques uns iront même jusquà expérimenter un vif dégoût pour ce qui est matériel. Cela peut être le signe d'une action de lEsprit Saint en eux qui veut les conduire à employer leur plus belles énergies aux réalités de l'esprit.

Certains signes se réfèrent plus directement à l'intelligence. Un actuel jésuite découvrit sa vocation le jour même où il passa son bac de façon brillante. Il se mit, en effet, à considérer pourquoi cette réussite au bac lui causait tant de joie, et, arrivant à la conclusion qu'aucune des raisons qu'il se donnait n'avait suffisamment de poids, il commença à penser sérieusement à donner sa vie pour une cause plus élevée.

Un jour, prêchant à des garçons, je leur posai cette question : « si le Christ a donné entièrement sa vie pour nous, que devons-nous faire ? ». Alors que je ne m'attendais qu'à une réponse du genre, « nous devons lui être reconnaissant », un d'entre eux rétorqua sans hésiter : « nous devons nous aussi lui donner entièrement notre vie! » Comprendre cette vérité avec une grande clarté, surtout à un jeune âge, peut être éventuellement le signe d'un travail tout spécial de Dieu dans un coeur.

Dans mon cas personnel à l'âge de 15 ou 16 ans je me surprenais à moi-même en train de considérer combien les réalités temporelles n'avaient de sens en elles-mêmes et combien plus l'éternité méritait notre attention.

Finalement, une autre série de signes se rapporte au monde de nos sentiments. Je connais un prêtre de ma congrégation qui, arrivé à l'université, commença déprouver un grand vide intérieur. Il ne savait d'où venait cette sensation. La vie et ses occupations courantes continuaient à lui plaire, néanmoins, un étrange vide se « creusait » en lui, quelque chose qui le poussait à se poser la question du sens de la vie. Il y en a qui durant une célébration eucharistique ont ressenti une telle joie, quils ont découvert que leur vie serait liée dune façon toute à fait spéciale à la Sainte Messe.

Jusquà présent nous avons considéré les signes en tant quils se réfèrent au monde intérieur de la personne, cest-à-dire à ce que produit l'action de Dieu en elle, touchant sa volonté, son intelligence et ses sentiments. Néanmoins, une dimension extérieure des signes existe aussi, bien que ce ne soit pas toujours le cas. On peut commencer à se poser des questions sur Dieu et l'existence en général, parce que l'on a eu un accident qui aurait pu être mortel. Parfois, par contre, le signe sera purement intérieur: sans qu'aucune circonstance de sa vie n'ait pu le causer, un sentiment de lassitude vis-à-vis du monde envahit telle personne.

Il est important aussi de mettre en relief cet aspect extérieur des signes, puisque certaines personnes peuvent ne pas expérimenter ni de grands désirs, ni de grands sentiments, ni arriver intellectuellement à des conclusions spécialement significatives à propos de la vie, tout en étant néanmoins appelées par Dieu. Une série dévénements, de soi-disant coïncidences, les mène tout naturellement à suivre le Seigneur.

Par exemple, un certain prêtre que je connais est entré au séminaire et est arrivé à la prêtrise conduit, pour ainsi dire, par les circonstances. Invité au séminaire, l'ambiance lui plut, sans pour autant ressentir une affinité spécialement marquée pour la vie religieuse. Il continua sa formation plus parce qu'il navait pas de raisons de douter de sa vocation que par une action intérieure palpable de Dieu. Arrivé au seuil de l'ordination, il a pu reconnaître néanmoins toute une série dévénements mis en place par Dieu qui, à chaque fois quune difficulté avait surgi, le poussait en avant.

Quelques fois nous pouvons faire l'erreur d'attendre des signes marquants, quelque chose qui enflamme avec ardeur notre volonté ou convainc définitivement notre intelligence. Mais n'oublions pas que souvent l'action de Dieu est discrète et qu'elle préfère davantage se diriger aux profondeurs silencieuses de l'homme quà son être extérieur toujours avide d'impressions fortes et de vérités palpables.

En fin de compte, la vocation est une affaire d'amour et de docilité confiante. Ce qui est important ce n'est assurément pas d'éprouver des désirs ou des sentiments puissants, c'est de se laisser guider comme un petit enfant par l'amour de Dieu.

Voilà pourquoi lessentiel pour discerner c'est de regarder Christ, là où il parle le plus à notre cur, quoique sans mots ! Le Seigneur nous dit dans l'Evangile de S. Jean : « Et moi, quand j'aurai été élevé de la terre, j'attirerai tous les hommes à moi » (Jn 12,32). Oui, c'est là du haut de la croix que la voix du Seigneur parle avec le plus de transparence, ce qui ne veut pas dire avec le plus de bruit ! Parce que cest aussi en se fixant sur le crucifié que notre coeur apprend par excellence à se désarmer, à perdre ses peurs et à abandonner ses points de vue parfois trop partiels et égoïstes.

 

 

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