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Apprivoisé par l'Amour !
Félix de Mérode, 30 ans, BELGIQUE

Dans ma vie personnelle, la vocation a été comme une belle fille, incroyablement belle, qui serait tombée  amoureuse de moi, il y a désormais plusieurs années. J'étais conscient alors que si je me laissai saisir par elle, elle ne me quitterait plus. Moi je la fuyais, car j'avais malgré tout un peu peur de me donner totalement à elle, mais elle était tout simplement folle amoureuse de moi.

 

Cest ainsi qu'un jour, j'ai dit OUI à Dieu, OUI à ma vocation.

 

Si je devais situer le début de ma vocation, je dirais qu'elle a commencé par une lutte. J'ai en effet toujours ressenti fortement en moi cette tendance naturelle et si humaine à se rebeller contre le créateur.

 

Et pourtant, d'un autre côté, je vois ma vie comme un don continu de la part du Seigneur. Rien ne m'a été refusé. J'ai tant reçu dans ma vie ! C'est justement ici, dans ce dilemme, que se déroule le mystère de ma vocation.

         

Une double conscience ! D'un côté la conscience de l'amour infini de Dieu, de l'autre côté une vie attirée par l'autosuffisance, la liberté et la réalisation personnelle à outrance, enfin même, la vie débauchée... Bref, tout sauf accepter Dieu et cet appel qu'il me faisait.

 

Pourtant l'évidence de sa présence, l'éclat de sa vérité, la beauté de son être m'ont subjugué dès la plus tendre enfance.

 

Par grâce de Dieu, jamais je n'ai eu suffisamment d'égoïsme pour m'opposer à ses desseins. Avec une douceur incroyable, Il a toujours su apprivoiser ma sensibilité, mon intelligence et ma volonté, pour que je me donne à lui de tout mon être. Il est tellement réel, Il est tellement vrai que je suis étonné de voir tant de personnes qui l'ignorent ou vivent comme s'Il n'existait pas.

 

Je mentirais à tout mon être, je serais un mensonge ambulant et existentiel si je vivais comme s'Il n'existait pas. Je me rappelle qu'un jour, un de mes meilleurs amis a essayé de me « convertir » à la « bonne vie », la vie tranquille, la vie sans Dieu... De temps à autre, je me laissais faire, mais surtout, je m'étonnais de la franchise avec laquelle il voulait me faire soi-disant du bien en me persuadant  de vivre comme si Dieu n'existait pas. Il le faisait par amitié et avec une telle sincérité que je ne pouvais pas lui en vouloir, mais je ne pouvais pas non plus abandonner mon Dieu sous prétexte de quelques amusements.

 

Ceci dit, je n'étais pas béat, ni sage, ni rien du tout. Je jouissais de la vie avec très peu de maturité, en cherchant l'amusement avant tout. Je réussis d'ailleurs mon projet avec pas mal de succès. Dieu m'avait tant donné ! Et surtout, je ne voulais rien entendre de la vocation, car je savais qu'elle était déjà en moi. Le monde était tellement d'accord avec moi et me tendait ses bras pour m'accueillir, mais la vérité, l'appel de Dieu, dans un coeur sincère, ne se balaye pas comme un sentiment passager.

 

Dieu semblait pressé. Il avait tellement raison de l'être. Dieu ne voulait plus attendre car le chemin que je devais entreprendre allait être long. C'est comme ça qu'Il décida de me remettre en cause. Moi, petit encore, un peu rebelle et le coeur brisé, je dus accepter la vérité, qui comme un rayon de soleil, m'informait de ses desseins. Nul doute ne put s'opposer à l'évidence de l'amour de Dieu. La bataille était déjà gagnée avant même que je ne puisse vraiment lever les armes de mon égoïsme. Dieu réclamait son serviteur.

 

Mes premiers pas dans la vie furent pénibles, pris un peu à contre coeur, mais ils étaient nécessaires car une purification devait avoir lieu. Moi, un petit enfant, si tendrement aimé de Dieu, comment se faisait-il que je préférais rester dans l'âge ingrat ? Moi, appelé à sortir de ma terre, comment se faisait-il que je désirais encore les lentilles d'Egypte ?

 

A l'âge de deux ans, je me retrouvai hospitalisé pendant presque deux mois, car mon fémur droit s'était entièrement fracassé lors d'un jeu un peu maladroit. Connu déjà pour être un petit clown, on ne me crut pas trop, mais l'évidence et l'abondance des larmes et des hurlements de douleur confirmèrent vite l'état précaire de ma jambe. Mon grand-père taillé à la vieille France, m'installa en grognant légèrement sur une planche dans le coffre de sa Citroën BX. Chaque pavé des rues de Bruxelles devait accroître la douleur car je garde encore un souvenir de ce terrible périple jusqu'à l'arrivée à l'hôpital.

 

Là, les souvenirs se sont effacés dans ma mémoire à part quelques détails. L'infirmière qui me prit en charge, allait être un instrument de la Providence. Cette bonne dame, ayant perdu tout son sens commun et le minimum de tact, m'arracha à ma pauvre mère qui me tenait fort par la main, en la repoussant. Ma mère, voyant mon désolement eut beau insister pour m'accompagner dans la salle d'opération, le refus fut total. Rien à faire. Le pauvre garçon que j'étais, encore bien trop petit pour comprendre ce qui lui arrivait, allait être profondément bouleversé par l'abandon de sa mère au moment le plus terrible de son existence. Arraché de sa main, couché sur un engin, poussé par des inconnus et agité dans des lieux jamais vus, il allait toucher le seuil du désespoir. Il cria et pleura de plus belle encore. Il se croyait abandonné. Heureusement le somnifère allait vite agir. Après l'opération, cet enfant ne serait plus le même. Plus jamais il n'aura pour sa mère l'abondante affection qu'il manifestait auparavant. Il ne voudra même plus l'embrasser pendant plusieurs années. Il s'était cru abandonné par elle et il lui ferma donc son coeur. Il le verrouilla d'ailleurs bien fort car plus personne ne pourra y accéder. Quelques filles tentèrent plus tard vainement d'y pénétrer, mais ce ne sera que Dieu qui pourra déverrouiller cette porte de longues années plus tard.

 

Ma mère devait contempler cette froideur avec un coeur bien meurtri, mais elle resta pleine de confiance. Après s'être vu arrachée et repoussée de moi par l'infirmière, elle vu la porte de l'ascenseur se fermer. Elle pleura ! Les cris de son petit fils de « maman » remplissaient l'espace et s'éloignaient petit à petit. Elle avait le coeur déchiré. Toute désolée, elle se dirigea vers la chapelle de l'hôpital et alla se confier et me confier à la Sainte Vierge. Là, à genoux dans la chapelle, les larmes coulaient et une prière ardente s'éleva à Dieu. Sa prière fut exaucée lorsque s'approcha un prêtre qui lui demanda de lui expliquer son désolement. Elle lui avoua tout et il offrit sa messe pour moi, dans laquelle je fus consacré à Marie. C'était le dix octobre 1980, deuxième année du pontificat de Jean Paul II, mois du Rosaire.

 

Depuis lors, Marie allait devenir la protagoniste de ma vie. Merci mille fois, Maman, pour ton acte héroïque de foi. Merci de tout mon coeur !

 

La vie reprit son cours. J'étais devenu un enfant très froid avec ma mère. Pour le reste tout était normal. Blagues, faire le clown, bêtises, disputes, rêves, jeux imaginaires. Le moindre effort possible pour les études, le plus de jeux et peu de soucis pour le monde des grands.

 

Nous pouvons sauter les années à l'école car ceci est un mémoire et non pas des confessions.

 

Un événement important de ma vie fut la rencontre avec les Légionnaires du Christ. J'avais proclamé que jamais je ne deviendrais prêtre, lorsque ma mère me proposa d'aller rendre visite à quelques pauvres prêtres mexicains perdus dans la campagne allemande à 25 km de chez nous. A notre grand étonnement ces soi-disant quatre prêtres étaient plus d'une vingtaine, tous jeunes et tout sauf mexicains. Ils étaient irlandais, allemands, belges, hollandais, américains, etc. Je fus très impressionné car on palpait en eux la présence de Dieu. En rentrant dans la voiture, juste après la visite, une nouvelle déclaration effleura mes lèvres : « Si un jour je dois être prêtre, ce sera comme Légionnaire ».

 

Un jour je le serai, je le savais bien, mais je ne voulais surtout pas y penser. J'essayais donc de rêver de tous mes beaux plans et désirs sans trop oser les montrer à Dieu car je savais que lui voulait autre chose pour moi. C'est d'ailleurs comme cela qu'on peut faire rire le bon Dieu. "Raconte-lui tes plans et tes projets, et tu verras combien il en rira." Car le Seigneur a un plan pour chacun d'entre nous, si différent de ce que nous aurions pensé...

 

Mais le grain de blé jeté en terre allait porter petit à petit son fruit, car depuis le premier moment où je connus la Légion, je voulus la faire mienne. Son charisme, son esprit, son enthousiasme et son ardeur m'avaient conquis. Je voulais faire de la Légion ma vie ! Au fond de mon coeur, elle correspondait le mieux à tous mes désirs les plus profonds et secrets. Elle m'offrait la consécration totale au Christ à laquelle j'aspirais sans le savoir avec toute la force de mon existence.

 

Aujourd'hui quand je regarde mon passé, la lutte n'a pas cessé, elle est là et je dois la renouveler chaque jour. Je suis content que ce soit ainsi, car cela correspond à notre condition terrestre. Aujourd'hui, grâce à cela, je suis conscient de ma totale pauvreté. Je ne suis rien sans la grâce de Dieu et je ne peux rien sans Lui. Je m'abandonne donc de plus en plus à lui, conscient de ma grande misère. Je n'ai pas de quartiers à lui offrir, que des pauvres misères.

 

Je ne voudrais pas terminer ce petit témoignage sans un souvenir très spécial pour Marie. Je ne sais ce que je serais devenu sans elle et je ne sais pas ce que je deviendrais. Je lui dois tout. C'est elle qui me permet d'avoir de temps en temps quelques quartiers à présenter à Jésus. Elle est la source de ma vocation, le phare lumineux qui me guide, le soutien à chaque instant de ma vie. Elle est celle à qui j'ai recours sans arrêt, à tel point que je sens parfois presque physiquement sa présence ou du moins son action. Je l'aime tellement, je lui dois tout et suis prêt à tout pour Elle. Chaque jour je lui demande de m'apprendre à aimer son Fils comme elle et de me maintenir fidèle à ma vocation comme Elle l'a été. C'est de tout coeur que je lui renouvelle sans cesse mon : « totus tuus, ego sum Mariae ».

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