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Il n'y a pas de crise des vocations !
Entretien avec le P. Bertrand Auville, responsable du service des vocations du diocèse de Nanterre
La Croix, 11.04.2008

La Croix, 11.04.2008

10/04/2008 15:48

Entretien avec le P. Bertrand Auville, responsable du service des vocations du diocèse de Nanterre

La Croix : Vous écrivez qu'« en aucun cas, il n'y a crise des vocations » : comment pouvez-vous l'affirmer ?

P. Bertrand Auville : Une vocation - du latin vocare-, c'est avant tout un appel. Parler de crise des vocations signifierait que Dieu n'appelle plus, ce qui serait une ineptie ! La Bible est pétrie d'exemples d'appels : ceux des prophètes, ceux des Apôtres.
 Or, la Parole de Dieu ne cesse jamais d'être créatrice. Soutenir que Dieu n'appelle plus me semble donc parfaitement inconcevable. En revanche, il y a bien une crise de la réponse à cet appel.

Pour l'entendre, il faut «avoir les bons écouteurs» ! S'il y a trop de bruit autour, on passe à côté. De plus, cette réponse nécessite du temps, elle implique qu'on soit à l'affût et qu'on permette à la Parole de se dire. Dans ce monde assourdissant et pressé, les jeunes sont sans cesse en mouvement, pris dans le tourbillon de l'action... Difficile, dans ce contexte, d'être réceptif.

Est-ce la seule cause à cette «crise de la réponse» ?

Je crois aussi que le contexte social est défavorable. Le ministère de prêtre ne correspond pas aux canons modernes : ses revenus sont modestes, son statut est peu envié... Mieux vaut avoir un poste à responsabilité dans une entreprise ! De plus, le prêtre est une personne exposée : il peut être angoissant de se savoir jugé, scruté.

Y compris dans les familles pratiquantes, il n'est pas rare de se moquer de son curé à la fin d'une célébration, parce qu'on a trouvé son homélie ennuyeuse, parce qu'on désapprouve ses propos. Pour toutes ces raisons, de nombreux jeunes susceptibles d'entrer au séminaire n'osent pas parler de leur projet avec leurs parents. J'en rencontre fréquemment qui témoignent de cette difficulté.

Une réalité d'ailleurs très paradoxale : ce sont souvent ces mêmes familles qui prient pour les vocations, tout en freinant leurs enfants ! «Des prêtres ? Oui ! Mais chez les autres». Il nous faut accepter que le futur prêtre soit peut-être un proche, un tout proche, voire soi-même N'est-il pas hypocrite de prier pour que le Seigneur appelle, mais loin de soi ou de soi-même ?

Comment changer d'état desprit ?

Prier est indispensable, mais il faut aller plus loin. La vocation découle d'un appel conjoint de Dieu et de l'Église. Dans une paroisse, quand le groupe de 50 enfants n'a toujours pas de catéchiste à la veille de la rentrée, on sollicite les fidèles dans l'urgence, et on trouve presque systématiquement un volontaire. Pas de catéchiste, pas de caté ! Ne devrait-on pas en faire autant dans nos diocèses où le manque de prêtres devient criant ?

Aujourd'hui, la plupart des vocations s'opèrent sur le mode d'un appel personnel, intérieur. Je crois que l'Église, et en particulier les prêtres, doivent faire un travail pour oser appeler beaucoup plus concrètement. Dans notre diocèse, nous menons par exemple une «démarche d'interpellation» : l'évêque envoie une lettre à quelques jeunes choisis par les curés, en les invitant à discerner un appel possible du Christ.

L'Église est un corps dont tous les membres sont importants. Quand il vient à manquer de prêtres, de diacres, de religieux et de laïcs consacrés, l'Église devient alors «un corps claudiquant». Cette responsabilité concerne tous les baptisés. À nous de savoir médiatiser et valoriser l'appel du Seigneur, d'être des témoins de la richesse de l'Église, même si cela n'est pas toujours simple dans un milieu laïque et sécularisé. Sommes-nous «appelants», sommes-nous un «canal de transmission» de l'appel ?


Recueilli par F-X. MAIGRE


(1) Ce prêtre des Hauts-de-Seine vient de publier un vade-mecum pour la 45e Journée mondiale de prière pour les vocations, qui aura lieu dimanche. Église des Hauts-de-Seine, n° 340, avril 2008.


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