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Francois-Xavier Faure, LC, 21 ans, GAP
Dès le sein de ta mère...

En ce début daprès-midi de printemps, l'école apostolique, comme chaque année, célébrait la fête des Mères. Les familles des élèves se réunissaient pour vivre ces instants dans l'entrain et la sérénité. La joie qui menvahissait était toute particulière : mes parents et mon petit frère avaient pu venir, ma mère avait terminé une série de séances de chimiothérapie pour soigner un cancer qui s'était déclaré un an plus tôt, et surtout, elle allait témoigner de la façon dont elle avait vécu ma vocation.

 

            Chaque année une Maman est sollicitée pour donner son témoignage. Cette année-là le Père recteur le lui avait proposé et elle avait accepté. Cest en ce jour que j'ai découvert les origines de ma vocation. En effet je ne savais pas qu'un certain 8 décembre 1985, mes parents, réunis pour prier avec des amis au sanctuaire de Notre Dame du Laus, venant d'apprendre qu'un heureux évènement se préparait dans la famille, décidèrent de consacrer d'ores et déjà à la Sainte Vierge l'enfant qui devait naître.  Et cest alors que, durant la prière, s'imposa à lesprit de ma mère la pensée que "cet enfant était un garçon et qu'il serait prêtre".

Après quelle eut donné son témoignage elle me confia : «Ces choses-là jaurais voulu te les dire à ton ordination... Je ne pensais pas que tu assisterais à mon témoignage». Malheureusement «Ces choses-là» elle naurait pas pu me les révéler à mon ordination, car le cancer contre lequel elle luttait, récidiva et l'emporta dans la patrie céleste quelques temps après.

Mais comment suis-je arrivé dans cette école qui forme des futurs prêtres ? Quel chemin le Seigneur avait-il préparé ?

Je commencerai donc par dire que jai toujours senti en moi le désir d'être prêtre. La vie monastique et la vie missionnaire m'attiraient ; lorsque mon père me racontait les péripéties qu'un missionnaire de sa connaissance avait vécues, ou bien quand il me fit la lecture de la vie de saint François d'Assise, je sentais en mon coeur le désir d'en faire tout autant.

 Dès mon plus jeune âge, je me suis lié d'amitié avec le prêtre de ma paroisse ; il avait si bien pénétré les aspirations de mon âme qu'il me proposa de faire la première communion dès l'âge de 5 ans. La retraite de préparation à un tel évènement s'est déroulée à Notre Dame du Laus. J'avais également revêtu l'aube et je servais la messe avec beaucoup  de sérieux. Ainsi, je passai les années de mon enfance dans le calme de mon village reculé de montagne allant à l'école du village qui comptait une trentaine d'élèves de la maternelle au CM2.

            Pour diverses raisons je dus changer d'école au cours de mon année de CM1, et je fus inscrit dans une école de la ville de Gap. Le temps passé dans cette école maurait été globalement profitable, si je n'avais pas établi de mauvaises amitiés avec des garçons qui se sont ensuite retrouvés dans la même classe que moi au collège. Ainsi je commençai ce que l'on appelle la "crise dadolescence". Si je peux dire que les premières années de mon enfance étaient plutôt paisibles, il faut avouer que dès la 6ème ma vie s'est muée en un désordre général.  

Ma vie de collégien était particulièrement animée dans le sens le plus négatif du terme. Le gros bloc de béton qui nous servait de collège me donnait l'impression d'être enfermé ; jai également vite compris que dans cette société que constituait le collège, seuls les plus trempés et les plus indisciplinés avaient droit à la parole. Je pris donc la résolution de faire entendre ma voix.  Cest ainsi que dans ce collège public de 800 élèves, je me fis vite remarquer des professeurs, des surveillants et des élèves. Les professeurs nont pas tardé à remplir mon « carnet de correspondance » avec des mots du genre : « comportement inadmissible en classe ». Je me souviens également d'un surveillant qui avait écrit une page bien nourrie qui allait au-delà du refrain habituel. Craignant les représailles, je le laissai tomber dans une poubelle à la sortie du collège.

La réunion parents - professeurs qui eut lieu au mois de novembre ne fit que confirmer la situation dont mes parents se trouvaient informés de façon lacunaire. La soirée qui s'en suivit reste fixée dans ma mémoire. A la suite de cette réunion mes parents semblaient avoir abandonné toute espérance à mon sujet. Je faisais partie de ces cancres qui n'ont pour seul avenir que l'amertume d'une vie ratée à cause de l'inconscience de leurs jeunes années. J'ai évidemment eu droit, de la part de mon père, à un sermon sur la parabole des talents. Je crois que ce qu'il a le moins apprécié, furent les mots avec lesquels le professeur d'anglais nous a reçu : «  Ah ! Tiens donc ! D'habitude on ne voit pas les parents de ce genre d'enfants». En somme, j'avais le comportement d'un cas social avec les circonstances atténuantes en moins.

 

 

Ma vie à ce moment-là avait toutes autres sortes d'intérêts que létude et le travail. Je passais une bonne partie de mon temps à me divertir par le sport. Je pratiquais l'escrime en club, le ping-pong dans la cours du collège, et le handball entre midi et  deux heures. Je pouvais oublier tous mes livres et ce qui peut être utile à un collégien, par contre jamais je n'oubliais ma raquette de ping-pong et mes chaussures de sport. Un jour je me souviens avoir vidé mon sac avant de partir au collège afin d'y faire entrer un ballon de football.

Une autre occupation qui prenait une place considérable dans ma vie : le ski. La station de ski la plus proche étant à 10 minutes en voiture, je passais mon hiver sur les pistes.

Bien que dans la pratique, ma vie se passât loin de Dieu, je dois dire que cest tout de même durant cette période douloureuse pour ceux qui m'entouraient que jai le plus pensé à mon avenir. Cet avenir je ne l'envisageais qu'en entrant à l'École Apostolique.

 

 Comment cela avait-il pu me passer par la tête ? Pour expliquer cela il me faut remonter à l'été qui a précédé ma rentrée en classe de 6ème. En effet, une famille amie avait commencé à former une patrouille de scout. L'un des garçons qui s'y était investi me proposa de me joindre à eux, ce que j'acceptai bien volontiers.

Au mois de juillet je partis donc pour ce fameux camp scout qui se tenait sur les bords de la Dordogne. Dans l'ensemble ce camp ne s'est pas très bien passé, malgré tout, le souvenir qui me reste est assez positif. Il m'a surtout permis de faire la connaissance d'un prêtre avec lequel jai eu une longue conversation qui a ravivé en moi le désir de suivre Jésus dans la voie du Sacerdoce. Nous faisions, en effet, vers la fin du camp, un pèlerinage à Rocamadour au terme duquel nous prononcions la « promesse scoute ». Cette marche de 20 kilomètres sous un soleil de plomb que j'ai commencé en me confessant à ce prêtre qui transmettait si bien la bonté de Jésus-Christ, fut inoubliable. Après cette confession, je suis retourné lui parler à plusieurs reprises, il avait gagné ma confiance. Je lui ai fait part de mon désir de devenir prêtre, et  je lui ai parlé des différents problèmes et soucis que peut avoir un garçon de 11 ans. Cest ainsi que jai eu ma première direction spirituelle avec un Légionnaire du Christ. Et puis nous avons échangé nos adresses, car javais résolu de tirer au clair le mystère qui planait sur cette école dont il m'avait brièvement parlé, destinée aux garçons qui pensent avoir reçu un appel au sacerdoce.

De retour à la maison, je n'ai évidemment pas beaucoup parlé de ce camp, je n'ai donc pas non plus parlé de cette heureuse rencontre. Je n'avais pourtant pas oublié. Lorsque ma mère reçut un coup de téléphone de la part d'un prêtre dont le nom de la congrégation lui était complètement inconnu, j'ai su faire mon apparition à temps pour éviter qu'elle ne raccroche et que l'histoire ne sarrête là....

 

Des frères sont ensuite venus nous rendre visite, ils m'ont invité à un pèlerinage à Rome, et après ce pèlerinage, je suis allé passer quelques jours à lÉcole Apostolique. Cest ainsi que je fis connaissance de manière concrète avec cette fameuse école. Ces moments-là furent des pauses bénéfiques dans la vie turbulente que je menais.

 

J'ai sollicité auprès de mes parents la possibilité d'y effectuer ma rentrée dès la 5ème. Mais pour diverses raisons, ils ont jugé préférable d'attendre la 4ème.

Par ailleurs, bien que je fusse convaincu d'avoir reçu une vocation, je vivais, comme je lai dit plus haut, assez loin de Dieu. Cependant, durant tous ces moments difficiles pour moi-même comme pour mes parents, la certitude que je sortirai de ce gouffre ne m'a pas lâchée un seul instant. Les occasions ne furent pas rares où je répétais en moi-même : «de toutes façons, j'irai à Méry[1]».Cest ce leitmotiv qui me revenait à lesprit lorsque je recevais les documents pour suivre une orientation dès la 4ème, lorsque je me retrouvais coincé dans le bureau du Principal à cause de mes excentricités, et lorsque je finis par me retrouver dans le cabinet de lassistante sociale du collège qui voulait maider à surmonter les difficultés de mon cas social inexistant.

Au milieu de tout cela je sentais tout de même un grand désir daider les autres, surtout lorsque j'assistais à la ruine morale et humaine de mes compagnons : lorsque les pompiers sont venus chercher un ami tombé dans un coma éthylique, lorsque je les voyais consommer leur drogue, lorsqu'ils me parlaient d'un procès dans lequel ils étaient impliqués, lorsque j'entendais parler des tentatives de suicides des uns et des autres ; ils étaient mes amis et je sentais en eux la détresse de l'humanité privée de Jésus Christ.

Jai donc suivi cette année de collège en menant une vie bien peu cohérente, en gardant dans mon coeur cet appel à suivre Jésus tout en continuant à mener une vie mondaine. Mais je dois reconnaître que si je n'ai pas dépassé la limite que j'étais sur le point de franchir, c'est sans doute en grande partie grâce aux efforts que mes parents ont déployés pour éviter le pire et à la grâce de Dieu qui voulait me protéger. 

 

J'en suis donc arrivé à être sanctionné d'une exclusion de trois jours qui s'est convertie en un départ définitif. En effet, la fin de l'année était proche et mes parents qui voulaient à tout prix me sortir de cette ambiance destructrice, ont saisi cette occasion pour me retirer du collège.

 

Jai donc participé au camp du mois de juillet[2] au cours duquel jai réaffirmé ma décision dentrer à l'École Apostolique. A la fin du camp j'ai donc reçu luniforme des « apostoliques ». Je me rappelle que quelques minutes avant cet engagement un compagnon qui allait lui aussi recevoir luniforme  ma dit : « Tu te rends compte, François-Xavier, c'est pour toute la vie » Ce à quoi j'ai répondu en moi-même : « assurément ».

 

Les débuts dans cette école ne furent pas faciles pour moi et pour ceux qui avaient à me supporter. D'une part je devais récupérer le retard accumulé pendant deux ans. Les professeurs avaient suggéré le redoublement de la classe de 5ème, mais en définitive je fus admis en classe de 4ème à titre dessai. Essai qui a bienheureusement réussi.

Dautre part, à l'École Apostolique je devais apprendre à vivre dans une société civilisée où la loi du plus fort cède le pas au respect mutuel et à la charité fraternelle.

 

Ainsi, pendant les cinq années passées à l'école apostolique, j'ai progressivement approfondi le discernement de ma vocation, appris à vivre en véritable disciple de Jésus Christ, pris goût au travail et aux études, et répondu à l'appel que le Seigneur avait déposé en mon coeur « dès le sein de ma mère ». Il y eut certes des moments plus difficiles que d'autres, mais la paix que donne la certitude de vivre selon la volonté de Dieu est une paix qui ne peut être effacée par aucune tribulation.

 

NB: Vous pouvez aussi lire le témoignage de ma maman dans la rubrique "Parents".

[1] Méry : Nom du village ou se trouve l'École Apostolique

[2] Ce camp est un camp de discernement pour mûrir la décision dentrer à l'École Apostolique.

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