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Comment Lorraine? Tu vas te faire bonne soeur ?
Lorraine Desclèves, 24 ans, Mayenne

 

 

La réaction de mes collocs' quand je leur ai annoncé que j'allais me consacrer fut assez amusante : comment Lorraine, tu vas te faire bonne soeur ? Comment vas-tu faire pour te taire, ce n'est pas possible ! Si tu passes ton temps à passer de chambre en chambre, à venir nous raconter tes histoires, chercher de la compagnie, ou mettre de la vie dans cet appart' un peu trop studieux à ton goût, avec ta musique, tes rires!! Cette réaction reflète un peu quelle fut ma vie au cours de mes deux années de fac à Angers.

 

Etudes ? Il faut bien faire quelque chose en attendant de savoir vraiment ce qu'on va faire dans la vie. La culture générale est toujours un outil utile, et me voilà lancée dans un double cursus de lettres modernes et sciences politiques. Mais les études ne font pas une vie, et même si ce nest pas ma bête noire, je ne suis pas fan non plus et cela ne me suffit pas. La fac est sympa, la colloc' aussi les études ça marche, tout va bien pour moi et pourtant il me manque quelque chose, quelque chose d'essentiel, un élément central, mais quoi ? C'est à ce moment là que je me rends compte de l'importance qu'a pris Dieu dans ma vie. Je ne peux pas vivre sans lui et en même temps j'ai besoin daide parce que seule je ne sais pas bien comment allier ma vie détudiante un peu folle et désordonnée, avec ma vie spirituelle.

 

            En effet avec le passage de la vie de pensionnaire à la vie d'étudiante, j'ai commencé à me requestionner le sens de la vie et à me rappeler les moments au cours desquels j'avais vraiment été heureuse, à repasser mes souvenirs d'enfants, ma relation avec Dieu et même si je ne voulais pas me l'avouer à moi-même, ça a été l'occasion pour moi de renouer avec certains souvenirs que j'avais cherchés à effacer de ma mémoire et que maintenant je rappelle avec plaisir : Entre autres, mes jeux d'enfants: voilà la scène de l'un d'entre eux:

 

Un autel formé d'une étagère couverte d'un torchon blanc, un crucifix, abondance de médailles et images de toutes sortes, un prie-dieu et quelques fleurs, et nous voilà au coeur de la cérémonie religieuse la plus solennelle qui n'a jamais eu lieu dans une chambre de quinze mètres carré, au deuxième étage d'une vieille maison de campagne. C'est quau pied de cet autel de fortune, si vous passez votre tête par la porte de la chambre, vous pourrez trouver en grande prostration, complètement allongée sur le sol, une petite fille de cinq ans et demi, vêtue d'une blouse d'infirmière blanche en guise d'habit religieux et couverte d'un torchon (un autre de la cuisine) en guise de voile. Lorsque je me rappelle de ce jour je ne peux me retenir de sourire. Pourtant sur le moment rien ne me paraissait plus sérieux et je n'aurais permis à personne de rire : parce que si extérieurement tout semblait un jeu d'enfant, ce qui s'est passé ce jour là m'a marqué pour toute la vie : il faut dire que j'étais tellement mise dans mon jeu qu'au moment de me relever de ma « prostration » je ne savais plus si ce que j'avais dit à Dieu faisait parti du jeu ou non, si vraiment je m'étais engagée pour toute la vie ou si c'était seulement « pour de rire ». Il faut avouer qu'à force de faire les choses pour de vrai, la confusion entre le jeu et la réalité n'était plus si nette : Je venais de lui promettre avec tout mon coeur et tout mon amour d'enfant de cinq ans, de me donner à Lui entièrement, de Lui donner tout ce que j'étais et  de le Lui donner pour toujours.

 

Mais enfin, après quelque temps de réflexion, j'ai résolu le problème en disant que c'était un jeu et que Dieu le savait bien. Cependant l'idée, la soif de me donner entièrement à lui n'avait pas disparu, et Lui régulièrement me redemandait si je le voulais bien encore..

 

Quelques années plus tard, à douze ans, un peu plus consciente de ce que cela impliquait, dans un dortoir du pensionnat, au fond de mon lit, j'allais lui répéter cette même promesse, au milieu d'un fleuve de larmes.

 

            Ce jour là après la prière du soir, j'étais montée au dortoir de l'internat touchée par la grandeur de l'amour de Dieu pour moi. Et dans mon lit, mon moment préféré pour réfléchir et faire le point de ma journée, m'est venue l'image de ma vie comme une route avec un carrefour : deux voies s'ouvrent devant moi : l'une d'un gris bleuté qui représente la vie qu'a mené ma maman, une vie pleine de joies saines et d'effort, et l'autre d'un rouge orangé ardent qui me propose une vie pleine d'amour et de sacrifices fruits de l'amour.

 

Accompagne cette image, la présence sensible de Dieu qui attend les bras grands ouverts que je lui donne la main et qu'on vive ensemble une vie ordinaire, ou que je me jette dans ses bras et que je remette tout entre ses mains, et que je m'abandonne avec la sécurité que Lui me rendra heureuse, que Lui me donnera un bonheur profond et durable, qu'il ne m'abandonnera jamais. Apres avoir hésité longuement, savoir si j'aurai la force, si je pourrai, si je suis capable j'ai fini par dire oui au grand amour qu'il me proposait, en pensant que s'il me le proposait il me donnerait la grâce nécessaire pour pouvoir le vivre.

 

            Deux moments importants dans ma vie, que malgré tous mes efforts je n'ai pas réussi à effacer. Parce que bien sûr en grandissant, j'ai commencé à rejeter cette idée, à renier cette promesse faite à Dieu : ce n'était qu'un jeu, je n'étais qu'une enfant, je ne savais pas ce que je faisais. Mais chaque fois que je me retrouvais dans le silence de ma chambre, que je prenais du temps pour prier, au fond de mon coeur résonnait la phrase : « Lorraine, si tu veux, Lorraine je t'attends » et rien d'autre que la sécurité d'être aimée, d'être aimée infiniment, et en même temps dêtre complètement libre de dire oui ou non. C'est avec cette sécurité dans le coeur que je suis allée à ma première retraite du Mouvement Regnum Christi (après l'avoir longtemps ignoré et critiqué, quelque chose au fond de moi me disait que je n'étais pas honnête parce que je ne le connaissais pas vraiment, et que je ne pouvais pas critiquer quelque chose que je ne connaissais que superficiellement). Au cours de cette retraite, pour être honnête avec Dieu et la faire à fond et en profondeur, j'ai demandé direction spirituelle et j'ai ouvert mon âme et laissé entrer Dieu là où je n'avais jamais laissé entrer personne, j'ai mis entre les mains de Dieu mes inquiétudes au sujet de la vocation. Et après un an et demi de direction spirituelle régulière, à la certitude de ma vocation s'est ajoutée la certitude ma vocation dans le Mouvement Regnum Christi, Dieu m'a montré tranquillement le chemin : je me souviens d'un jour où en révolte contre ma vocation je lui disais que je ne voulais pas me consacrer dans le mouvement pour mille et une raison : à chacune d'elles Il me répondait : ¿et si c'est pour moi, qu'est ce que cela t'importe? Face à une telle question, tous mes arguments sont tombés, et à partir de là je l'ai laissé m'apprendre à aimer la vocation qu'il mavait choisie et peu  à peu il a terminé de conquérir mon coeur, et je me suis consacrée quelque temps après.

 

            Aujourdhui, après deux ans de vie consacrée, il continue a me répéter : « Lorraine, si tu veux, Lorraine je t'attends » chaque jour, chaque instant est une occasion pour lui renouveler cette promesse, et pour lui de remplir mon coeur et ma vie de son amour. Il y a quelque temps, je méditais sur la pédagogie de Dieu avec moi au long de ma vie, et réellement je me suis émerveillée en considérant que tout ce qu'il m'avait promis il me l'a donné, et qu'aujourd'hui comme il me l'avait promis quand j'avais 12 ans, je vis dans ses bras et sur son coeur, et je jouis au plus profond de moi d'un bonheur et d'une sécurité que les difficultés, situations diverses et variées ne parviennent pas à ébranler.

                                                                                                                                                                                                       
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