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Du théâtre au sacerdoce...
Joseph Gadd, 19 ans, VALENCE
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« Quae placita sunt ei, facio semper! »

 

                Lorsque l'on me demande comment est-ce que j'ai connu la Légion du Christ, j'ai l'habitude de répondre "comme Obélix", que je suis tombé dedans quand j'étais petit... En effet, jai eu la grâce de naître dans une famille nombreuse, catholique pratiquante, et qui plus est, dont les parents étaient déjà incorporés au mouvement Regnum Christi, dont la Légion du Christ est la branche sacerdotale.

Alors que je n'avais que trois ou quatre ans, je me rappelle avoir vu des religieux de cette congrégation, soit déjà prêtres ou bien encore séminaristes, rendre visite régulièrement à mes parents dans notre appartement grenoblois où j'ai vécu mes six premières années. Je les aimais beaucoup et appréciais être avec eux bien que je n'avais jamais éprouvé le désir d'être missionnaire, comme eux.

Cependant, dès mes quatre ans, j'avais cette sincère conviction que Dieu m'appelait au sacerdoce, mais je voulais alors être un aumônier dans l'armée française et l'attraction de la vie militaire passait en fait un peu au dessus de mon désir d'être prêtre. Bien que je n'étais pas alors en mesure de m'en rendre compte, je vois maintenant clairement que c'est pendant cette année là que Dieu à eu la bonté de m'appeler à le suivre. C'était en revenant de l'école maternelle, mon père était là et je lui ai posé cette question qui me tracassait : « peut-on être à la fois prêtre et militaire? » Dans ma tête, je croisais les doigts. D'un côté, je ne voulais pas opposer un refus à Dieu qui m'appelait, mais de l'autre, il me semblait impossible de renoncer à devenir militaire. Mon père me soulagea en m'expliquant en quoi consistait la vie d'un aumônier militaire. J'ai vu plus tard, dans cet épisode, une grande délicatesse de la part de Dieu qui a voulu que mon père soit présent au moment même où il m'appelait à tout quitter pour le suivre.

 

Lorsque mon père m'a béni treize ans plus tard alors que je partais pour faire mon noviciat au Canada après avoir reçu l'uniforme légionnaire, j'ai remercié Dieu de m'avoir donné des parents qui m'ont encouragé dans ma vocation depuis le début et qui ont toujours persévéré dans cet engagement.

 

Un an après le jour où j'ai entendu l'appel de Dieu pour la première fois, ma petite soeur est née. Ce fut une grande joie pour moi et pour toute la famille. Cependant, je n'étais plus "le petit dernier". Je laissais donc mes trois grandes soeurs soccuper de « la petite » avec mes parents, et moi, je préférais jouer avec mon frère, plus âgé de deux ans. Durant ces années j'ai eu la vie normale de n'importe quel garcon, et j'avais oublié peu à peu mon désir d'être prêtre. J'ai cependant vécu avec beaucoup de ferveur ma première communion le soir de Noël de l'année 1993, alors que je venais d'avoir cinq ans. Je m'en souviens bien. J'étais heureux dans ma famille et ne sentais aucune préoccupation pour mon avenir comme il aurait été bien vite le cas, bien plus tôt que pour la plupart de mes amis.

 

Lorsque j'ai eu sept ans, nous avons déménagé à la campagne, dans le Nord de la Drôme, pour nous rapprocher des Foyers de Charité de Châteuneuf de Galaure qui proposait une école privée, et où mes grandes soeurs étaient déjà pensionnaires. Ainsi, tout en découvrant une nouvelle région, un nouveau mode de vie (à la campagne) que j'aimais beaucoup d'ailleurs car c'était comme être toute l'année dans une maison de vacances, j'ai pu voir mes parents, principalement ma mère, s'approcher de l'Eucharistie d'une manière plus intense. Je voyais que la possibilité pour elle de s'approcher plus fréquemment du Seigneur la remplissait d'une profonde joie intérieure. Dans cette ambiance, qui a aussi été celle de grands sacrifices puisque nous vivions dans une petite maison sans chauffage et bien humide, pendant que notre future maison se reconstruisait... Dans cette ambiance donc, un prêtre légionnaire, le père Pierre Gouraud, L.C., celui-là même qui m'avait baptisé, m'informa de l'ouverture d'une école de la congrégation ou n'allaient que ceux qui voulaient devenir prêtres : un petit séminaire de la Légion du Christ se fondait en France!

 

J'étais très enthousiaste à l'idée de visiter cette école en "fondation" et je me rappelais soudain de mes précédents contacts avec les légionnaires, qui restaient  d'agréables souvenirs.

 

J'ai pu participer à un camp de discernement très tôt, alors que je n'avais que huit ans, mais puisque l'école apostolique était en fondation, cette permission spéciale me fut accordée. Je fus grandement impressionné par l'ambiance de charité qui régnait dans la communauté ainsi que de l'habitude d'offrir les sacrifices dus à la fondation de l'établissement (eau froide, travail pour ordonner et nettoyer la maison, etc.) pour les vocations et les âmes du purgatoire. Le recteur, le père Fergus O'Caroll, L.C., me marqua par sa bonté.

 

Je me souviens par exemple que le soir de mon arrivée, fatigué par le voyage, je m'étais couché avant la communauté et j'avais manqué le dîner. En me réveillant, la  nuit, j'ai trouvé à mon chevet un grand verre de lait et quelques biscuits que le père Fergus avait laissés là discrètement...

 

J'ai par la suite suivi plusieurs activités et camps à l'école apostolique ou bien dans ma propre maison en organisant des réunions de l'ECYD avec des frères légionnaires.

 

J'avais un grand désir d'être missionnaire et j'aimais aider les gens. Je me souviens m'être échiné dans un "porte à porte" à perdre haleine, seul avec ma mère, pour trouver de quoi aider quelques enfants roumains dont m'avait parlé le responsable d'une association d'aide catholique, alors que je n'avais que  neuf ans.

Je parlais également souvent à mes amis de mon désir d'être prêtre à tel points que mes parents furent embêtés et me dirent d'être plus prudent dans mes confidences à ce sujet.

Dans un camp que j'avais fait à l'École Apostolique, je me souviens avoir eu une discussion avec un collégien, à propos de ma vocation. C'est à un moment de cette conversation, dont je me rappelle chaque détail, que j'ai senti que Dieu m'appelait à devenir légionnaire du Christ et non aumônier militaire ou curé comme je me l'étais jusqu'alors imaginé (la vie de curé d'un petit village m'attirait beaucoup). Le Seigneur s'était servi de cet autre jeune pour me faire comprendre que c'était là qu'il me voulait, et nulle part ailleurs. Ma première réaction fut de refuser cet appel avec un élan d'orgueil qui me fit dire à mon interlocuteur : « je serai aumônier ou curé, un point c'est tout! », et c'est ce qui a clos notre conversation. J'ai par la suite beaucoup réfléchi sur cette discussion, tout d'abord fâché avec Dieu qui me montrait des plans différents de ce que j'avais pensé, de ce que je voulais, et puis, sur ce mensonge que j'avais dit à cet autre garcon, car au fond, à partir de ce moment là, je savais bien ce que le Christ attendait de moi : que je sois son prêtre dans la Légion du Christ. Cest donc pour moi le moment où jai reçu ma vocation à la Légion du Christ.

 

Vocation qui n'est pas différente de l'appel de Dieu à le suivre que j'avais ressenti petit, à Grenoble, mais qui, bien au contraire, venait préciser cet appel en me montrant que c'était dans la Légion qu'il devait se réaliser et nulle part ailleurs.

 

 Cette anecdote m'a également permis de « donner les reines » à Dieu dans ma vie, conscient de ce que je devais faire ce qu'il avait prévu pour moi et non ce que je voulais faire de ma vie.

 

Ce n'est pas un choix facile mais c'est un choix qui, chaque fois qu'il est renouvelé devant le Christ, remplit l'âme d'une grande sérénité car on est sûr que l'on est sur le bon chemin. C'est aussi et surtout un choix personnel.

 

Le fait d'être « tombé dedans quand j'étais petit » comme je l'ai dit au début ne change en rien ma volonté personnelle de suivre ma vocation, je me suis toujours senti libre et j'en remercie mes parents et toute ma famille qui ne m'ont jamais « mis la pression » comme on dit en langage populaire.

 

J'ai passé ainsi six ans à l'École Apostolique de France et je suis maintenant novice de deuxième année à Gozzano, dans le nord de l'Italie. Je demande au Christ la grâce de pouvoir dire, comme il l'a fait au plus fort de l'agonie : « que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne! » (Lc 22, 42) et ainsi, je pourrais m'exclamer avec la satisfaction du coureur qui a couru la bonne course : « quae placita sunt ei facio semper » (Jn 8, 29).

 

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