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LE CHEMIN MYSTERIEUX DE LA PRIÈRE
(Luc 11, 1-13; Isaïe 6, 1-9)
C'est triste à dire, mais souvent, dans la vie, il semble que nous n'obtenions pas les fruits de la prière comme Jésus nous les présente. Tous ceux qui demandent, recevront et tous ceux qui cherchent, trouveront et la porte souvrira à tous ceux qui frappent (Luc 11, 10. ) Parfois nous voudrions dire pourquoi ai-je cherché si longtemps et nai-je pas encore reçu la réponse à la question de ma vocation?
Et ils continuent de nous dire de prier pour notre vocation!
Pourquoi? Et comment prière?
La prière est au centre de notre relation avec le Christ et d'une certaine manière notre prière résume et reflète le type même de vie chrétienne que nous vivons. Je veux dire qu'en étudiant la qualité de notre prière, nous pouvons dire quel type de chrétien nous sommes. Nous pouvons aussi tirer de notre idéal de vie chrétienne un exemple sur la manière de prier.
Cela peut sembler abstrait, aussi prenons un exemple, le meilleur possible. Voyons comment le Seigneur nous a appris à prier pour recevoir une fois de plus une importante leçon. Vous trouverez la prière du Seigneur dans l'Evangile de Luc, au début du chapitre 11, et dans Matthieu, un peu moins loin, au chapitre 6.
La loi du Royaume et la loi de la Prière.
Mais uniquement pour vous troubler, commençons ailleurs! Regroupons plusieurs paroles du Christ que vous reconnaîtrez: Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l'Evangile la sauvera; Beaucoup de premiers seront derniers et les derniers seront premiers; quiconque s'élève sera abaissé et celui qui s'abaisse sera élevé; cherchez d'abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît.
Il y a une loi peu ordinaire dans le Royaume du Christ, une loi diamétralement opposée au monde et à ses manières et qui est incompréhensible pour le monde. C'est la loi que Jésus Christ a résumée en disant qu'il était venu pour servir et non pour être servi.
la Prière du Seigneur.
Les disciples voulaient prier mais ne savaient pas comment. Ils demandèrent au Christ et, comme modèle de toute prière, il leur donna le Notre Père. Quelle réponse donne donc le Notre Père à notre quête, notre prière sur la vocation? Jésus Christ nous apprend que notre première pensée dans la prière ne devrait pas être pour nous-mêmes mais pour Dieu et ses affaires. Il commence donc avec une invocation, Notre Père qui es aux cieux, et un désir, une requête dont le «bénéficiaire» est Dieu lui-même, que ton nom soit sanctifié; suivie d'une autre, que ton Règne vienne, et encore dune autre, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel, qui sont toutes centrées sur le Père. Là, seulement, avance-t-il vers des demandes pour nous-mêmes, donnez-nous notre pain de ce jour: une demande élémentaire, simple, directe et nécessaire à la vie, suivie de: pardonne--nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés, ce qui nous engage à traiter les autres comme nous souhaiterions l'être nous-mêmes et, finalement, ne nous laisse pas succomber à la tentation mais délivre-nous du mal, ce qui, de nouveau, nous amène à faire la volonté de Dieu dans notre vie.
De cet exemple, de cette instruction venue du Seigneur, nous apprenons que la vraie prière est réellement centrée sur Dieu. Elle ne peut pas être centrée sur elle-même, pas plus que notre foi ne peut être centrée sur elle et non sur Dieu.
Cela vaut la peine de s'arrêter et de comparer notre prière et ce que le Christ espère avec sa façon de nous apprendre à prier. La comparaison peut nous amener à quelques découvertes très utiles sur nous-mêmes et sur nos priorités. Sans aucun doute cela nous éclairera sur la présence, ou l'absence de fruits, dans notre prière.
Vocation et prière
Je crois qu'il y a fondamentalement deux manières de prier au sujet dune vocation. L'une est bonne et l'autre bien meilleure.
La première est de demander à Dieu la lumière. Dieu, montre-moi quelle est ma vocation. Et à ce moment-là nous cherchons les signes. Nous ne voulons pas faire d'erreur. Il y a donc une inquiétude dans notre prière, est-ce juste? Est-ce le mieux pour moi? Ce que nous voulons savoir et, fondamentalement, ce que nous cherchons à travers notre prière, cest ce que Dieu veut de nous et pour nous. Il y a là une vraie valeur. Certes, pendant ce processus nous allons vers Dieu, mais beaucoup de nos pensées sont encore orientées vers nous-mêmes. Dans une large mesure, le centre de notre pensée et de notre intérêt reste nous-mêmes.
La deuxième manière est de prendre le Notre Père, le conseil de Jésus, pour prier et d'en faire notre modèle, y compris dans la recherche de notre vocation. La différence radicale est que l'épicentre n'en est plus nous-mêmes. Le centre de la réflexion est entièrement Dieu et, entièrement, son Royaume. Le Notre Père est une prière qui engage considérablement. Et si nous la disions avec une sincérité profonde elle libérerait une puissance spirituelle et nos vies seraient remplies de Dieu avec une force telle que la face de la terre en serait changée et renouvelée. L'Evangile emporterait le monde. En suivant la Prière du Seigneur et ce que nous avons appelé ci-dessus les lois du Royaume, voyons comment améliorer et, ainsi, rendre notre prière sur notre vocation plus efficace.
Vraie prière
Premièrement, ne nous cherchons pas dans la prière. Que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne. Cependant ces requêtes ne sont pas passives. Nous ne pouvons les faire et nous asseoir pour voir ce qui va se passer. Deuxièmement nous devons prier avec nos reins ceints et prêts à agir. Il n'est pas possible de dire ces paroles et de penser que les fruits vont descendre du ciel d'une manière mystérieuse. Ce n'est pas ceux qui disent Seigneur, Seigneur, mais ceux qui font la volonté de mon Père... Prier les demandes du Notre Père c'est la même chose que de s'engager vis-à-vis de Dieu, je vais glorifier et honorer ton nom, je vais faire tout ce que je peux pour que ton règne vienne.
Saint Jacques dit quelque chose de semblable dans sa lettre au sujet des oeuvres de charité. Il écrivait à des chrétiens qui pensaient avoir la foi mais n'avoir rien à faire et il leur dit... Si un frère ou une soeur est nu, s'il manque de nourriture quotidienne et que lun d'entre vous lui dise: «va en paix, chauffe-toi, rassasie-toi», sans lui donner ce qui est nécessaire à son corps, a quoi cela sert-il? Ainsi en est-il de la foi: si elle n'a pas les oeuvres, elle est tout à fait morte. (Jacques 2, 15-17)
Nous pourrions dire de même, la prière sans action est morte. Les arbres morts ne portent pas de fruits. La prière morte non plus.
La prière sans volonté d'agir nest pas beaucoup mieux que l'hypocrisie. Rien ne pourrait être plus vide.
La volonté d'agir est la volonté de payer le prix de la venue du Royaume. Comme quelquun la dit, la seule manière de prier le Notre Père cest avec nos manches retroussées. Ceci signifie que nous devons également accepter de partager la croix du Christ, par ce que c'est par la croix qu'il a inauguré le Royaume. Thomas, l'apôtre, nous semble un peu fataliste quand il dit allons à Jérusalem et mourons avec lui. C'était au moment où Jésus ne tenant pas compte de leur avertissement, leur fit clairement comprendre son intention d'y aller malgré les signes de danger. Cependant, son attitude et celle des autres apôtres vis-à- vis de la croix changea après la résurrection du Christ. Notre acceptation de la croix ne doit être ni fataliste ni simplement résignée, comme la première réaction de Thomas. Elle doit être pleine d'espoir et d'enthousiasme. «Salut, ô Croix, notre unique espérance ! »
Notre prière doit être aussi une promesse de ne pas laisser le Christ seul dans son amour pour l'humanité et dans son oeuvre de rédemption. Ceci n'est pas de la présomption. Le Christ lui-Même demande des ouvriers pour la moisson, le Christ lui-même envoie les apôtres prêcher et baptiser. Nous n'y allons pas à sa place, mais avec lui et comme si nous étions lui-même. Celui qui vous reçoit me reçoit; quiconque me reçoit, reçoit Celui qui m'envoie. Le mystère ultime du Christ est peut-être son désintéressement. Il nous fait participer à son oeuvre, il nous donne notre part à la rédemption de nos frères et soeurs, pour compenser notre faute quand, bien souvent, nous les égarons. Non seulement pour cela, le pardon du Christ est réel, mais il nous permet aussi, à nous les hommes, de reconstruire grâce à lui, avec lui et en lui, ce que nous avons détruit.
Prier au sujet dune vocation
Ce qui précède nous permet de comprendre que si nous devons prier au sujet d'une vocation, nous devons nous assurer que nous le faisons bien, en priant avec les bonnes attitudes. Nous devons chercher le silence de la prière pour mettre de l'ordre dans nos impressions, pour les laisser disparaître en nous, pour donner à Dieu une chance de vraiment parler à notre âme.
Prier au sujet d'une vocation ce n'est pas seulement y penser dans le silence que nous associons à la prière. Prier au sujet d'une vocation, c'est certainement demander la lumière et le discernement. Mais il est très important de faire attention à l'attitude avec laquelle nous prions et nous devrions demander à Dieu d'améliorer cette attitude, afin d'arriver à accepter avec empressement la réponse qu'il nous donne quelle qu'elle soit.
Prêts à accepter la réponse, nous sommes d'autant plus à même de la percevoir quand elle vient. Si nous sommes toujours réticents dans nos attitudes, nous sommes enclins à demander à Dieu d'autres preuves que celles qu'il nous a déjà données.
Prier pour une vocation type Isaïe
Ceci nous fait faire un pas de plus que de prier au sujet d'une vocation. Est-ce juste de faire cela?
Alors j'entendis la voix du Seigneur qui disait: «qui enverrai-je? Qui ira pour nous? » Et je dis: «Me voici, envoie-moi» (Isaïe 6, 8)
Il faut remettre ce passage dans son contexte pour le comprendre:
Isaïe prie. Il lui est accordé une vision du Seigneur Yahvé, assis sur un trône dans toute sa majesté, servi par des anges. En face de cette majesté, il ressent sa propre petitesse et, surtout, sa propre misère et son état de péché. Quand il crie sa faute, un ange s'approche et le purifie de son péché et de son iniquité. Sur quoi il entend le Seigneur parler et demander qui voudrait être son messager ? Et Isaïe se porte volontaire.
plusieurs points à noter
D'abord le prophète était en prière. Deuxièmement, sa prière était une expérience extraordinaire de Dieu. Troisièmement, son expérience de Dieu lui donna une nouvelle connaissance, humiliante de lui-même. Il réalisa quel pécheur il était et qu'il était indigne d'être en présence de Dieu. Quatrièmement, réaliser cela lui fait crier sa faute. Dieu prend l'initiative de le purifier et lui envoie un ange pour le faire. Finalement, une fois purifié, il entre dans une dimension toute nouvelle de sa relation avec Dieu.
A partir de cette nouvelle relation il ne ressent plus le besoin de s'échapper et de se cacher de Dieu. Il est noyé par les pensées et le plan de Dieu. Il voit et entend ce que Dieu veut. Et il est décidé. Aveuglément. Remarquez que c'est après s'être porté volontaire qu'il lui est dit ce que Dieu veut qu'il fasse et dise. Il avait signé un chèque en blanc à Dieu.
Il s'était offert. Il avait demandé à Dieu de l'envoyer. C'était bien plus que de demander à Dieu s'il était appelé. C'est très différent de dire, Seigneur, penses-tu menvoyer? Que de dire simplement, Seigneur envoie-moi.
prier pour les autres
C'est une bonne chose que de prier pour les autres. Mais parfois nous faisons mal une bonne chose.
Le danger existe de prier avec l'esprit du pharisien qui remerciait Dieu parce qu'il n'était pas comme les autres hommes. Nous pouvons prier pour les besoins des autres avec le détachement de quelqu'un qui demande pour les autres ce dont il n'a pas besoin lui-même. En d'autre termes avec un sens de supériorité, en oubliant que même les bonnes attitudes que nous avons sont un cadeau de Dieu. Nous devons donc prier avec humilité, reconnaissant que la première personne qui a besoin de ce que nous demandons pour les autres c'est nous-mêmes.
Faisons également attention à ne pas prier sans nous engager, comme si nous ne pouvions rien faire pour faire aboutir ce que nous demandons. Nous demandons à Dieu d'aider quelqu'un, cest tout. Mettez cela en contraste avec la prière de Saint François d'Assise. Au lieu de ne prier que pour que la paix vienne, il dit:
«Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix. Là où sont les ténèbres, que je mette ta lumière; là où est le désespoir que je mette ton espérance»
Nous devrions prier avec la même attitude. Quand un frère ou une soeur est dans le besoin nous devrions prier pour eux, mais nous devrions aussi prier pour avoir la générosité d'être, si possible, partie prenante dans la réponse à cette prière. A l'évidence il restera toujours des situations pour lesquelles il semble
qu'il soit impossible de faire quoi que ce soit, sauf prier Dieu. Néanmoins vous devriez toujours dire «s'il y a quelque chose que je peux faire, un sacrifice pour aider ceci à se produire... »
suggestions
Peut-être pourriez vous déplacer l'accent de votre prière.
Peut-être ce dont a besoin votre prière pour être plus généreuse est la purification quoffre la confession.
Peut-être pourriez-vous, dans votre prière, porter vers Dieu les besoins et les misères que vous voyez dans le monde autour de vous.
Peut-être lentendrez-vous alors dans votre âme demander, Oui, ils ont besoin qu'on leur prêche l'Evangile, ils ont besoin qu'on leur pardonne leurs péchés, ils ont besoin d'être nourris de l'eucharistie, ils ont besoin que quelqu'un leur montre mon amour et ma miséricorde, mais comment? Qui enverrai-je? Peut-être alors l'Esprit Saint vous amènera dune prière d'intercession à une prière d'offrande, et vous entendrez-vous dire, Seigneur envoie-moi. |